La loge de mer (Le temps qu'il fait, 2015)

Loge de mer


PRESSE

Le Travailleur catalan, 17 juillet 2015
Un homme, la ville, la mer
"La loge de mer" de Jean-Yves Laurichesse, chronique d'un naufragé
C'est avec un sentiment d'étrangeté que l'on referme ce prenant petit livre, le cinquième de l'auteur. Un peu plus d'une centaine de pages, sur la couverture, la reproduction de Mélancolie d''Edvard Munch, elle donne le ton du récit. Celui d'une errance, un homme fuit son passé. Dans la petite ville où il arrive, un peu par hasard, dont on devine qu'il s'agit de Perpignan, jamais nommée, la découverte d'un retable et une rencontre entraîneront une suite d'événements qui bouleverseront le cours de sa vie. Au cœur de ce texte rythmé à l'identique du lent pas d'Hermann, allant et venant sans but, la force de l'image. Celle du retable qu'il découvre dans le musée de la ville, celles de ses rêves anxieux, d'un film, vu par désœuvrement, mais qui fait fortement écho en lui, d'une photo...Le récit progresse ainsi, de manière quasi-cinématographique, par une succession de plans-séquences, avec arrêts sur image, des descriptions comme celles de tableaux. On apprendra, d'ailleurs, qu'Hermann était peintre, c'est un homme en rupture, une femme l'a quitté, il ne peindra plus, ni ne revivra dans les lieux d'avant. Mais peut-il se défaire totalement de l'emprise, sur lui, de la chose peinte ? Serait-il, sinon, aussi troublé par le retable, et, surtout, sa prédelle, dont la scène maritime l'obsède ? La mer, dimension importante du livre, horizon prégnant, objet de fascination et d'angoisse pour le héros dont les cauchemars sont peuplés de naufrages. Et Elena, la rencontre décisive, pas une histoire d'amour, ou alors juste rêvée, mais il y a trop de résistances de part et d'autre. Rien pour briser la solitude des êtres. Elena, c'est l'élément déclencheur qui va précipiter le passage d'Hermann dans une nouvelle vie. Elena, prisonnière de son passé, du drame qui a frappé sa famille, de son inquiétant frère. Personnage énigmatique, c'est à travers elle et ses relations ambigües avec son frère, que le roman prend des allures de thriller. Mais il est clair que l'intrigue « policière » n'est qu'un prétexte, l'auteur n'en usant que pour mieux installer une atmosphère de mystère, et cerner la vérité de ses personnages. Ainsi, en situation de crise, Hermann semble abdiquer tout bon sens, se laissant entièrement manipuler par Elena, qui jouera ici le rôle du destin. Un roman troublant à la belle écriture fluide, pétri de références, dont celle de Claude Simon, avec ce grand acacia près de la demeure d'Elena.
Nicole Gaspon

L'Indépendant, 3 août 2015
J'aime qu'un roman ne dise pas tout
Entretien avec Serge Bonnery

Olé ! magazine, 5 août 2015
A l’évidence cet auteur n’a pas encore dans la littérature française contemporaine toute la visibilité qu’il mériterait. C’est là l’un de ces mystères insondables de l’édition nationale et d’une critique qui a perdu le sens de ce qu’elle sert. Mais peu importe puisque dans une belle fidélité à lui-même et à son éditeur, il nous propose aujourd’hui cette Loge de mer, court roman ou longue nouvelle d’une écriture efficace, épurée, mais propre aux rêves s’il le faut. Il y a deux ans dans son roman Les brisées, Jean-Yves Laurichesse livrait certaines des clés de son écriture et évoquait ce qui ressemblait fort au sentiment d’un seuil qu’il lui faudrait poser et dépasser avant d’aller de l’avant. Cette situation entre fuite et découvertes qu’il avait déjà évoquées dans la belle poétique de son Hiver en Arcadie devenait ainsi l’horizon de ses romans. Il n’est donc pas surprenant qu’il construise la trame fort simple de cette Loge de mer sur l’éloignement, la solitude, le souci de soi. Un peintre, Hermann, au prétexte d’une rupture sentimentale, aura tout quitté pour gagner une ville côtière méditerranéenne. Solitaire, décidé à profiter de cet état, il se laissera néanmoins entraîner par une toile, vue dans le musée de la petite ville, installée dans une loge de mer, qui témoigne d’un passé de port marchand très actif. Il y aura donc une toile qui le fascine et le charme de la responsable du musée, dotée d’un frère jaloux et délinquant. Mais ce n’est pas là le propos réel de Laurichesse. Ce qui compte vraiment c’est le réapprentissage où l’acceptation d’une vie hors du monde, l’acceptation d’un quotidien insignifiant d’apparence dont il faut trouver les clés, parce que l’enjeu est alors de savoir résister aux vertiges et notamment, au plus prégnant d’entre eux, celui de la mélancolie, la trop fameuse bile noire qui n’aime rien tant qu’envahir le sang et l’esprit des artistes que les environnements où ils vivent ignorent et toujours menacent, fut-ce implicitement. Aux dernières lignes de ce récit, Hermann, seul toujours et autonome enfin, peut descendre le soir s’installer au plus près de la mer pour jouir de l’horizon marin et imaginer les moyens pour le franchir. Une œuvre l’attend.
Daniel Bégard

La Revue Littéraire, n° 59, éditions Léo Scheer, août-septembre 2015
Compte rendu de Jean-Yves Casanova

Cahiers Robert Margerit, n° XIX, décembre 2015
Compte rendu de Marielle Sassi : 1 - 2


RADIO

Radio Présence, émission "Paroles d'auteur", 8 juin 2015
Entretien avec Monique Faucher

Radio Occitania, émission "Page à page", 6 novembre 2015
Entretien avec Claire Ambill


INTERNET

Institut du Tout-Monde
Compte rendu de Catherine Delpech-Hellsten

Le blog de Nicole Gaspon

L'Epervier Incassable

Babelio

Brice fait des phrases
Questionnaire du candide


UNIVERSITAIRE

De la tempête au port ? Surimpression de lieux et d'espaces dans Cet imperceptible mouvement d'Aude et La Loge de mer de Jean-Yves Laurichesse, par Sylvie Vignes, à paraître dans Etats des lieux dans les récits français et francophones des années 80 à nos jours, Classiques Garnier